Afin d'aider les participants à établir un portrait, un support "photo d'une femme" a été utilisé, puis chacun a répondu à un questionnaire du "Portrait chinois" : Si elle était une musique, si elle était une couleur, si elle était un film.... etc. Le portrait à faire était celui de son arrière grand-mère en s'appuyant sur ses réponses.
Trois portraits ont été dressés.
1. Myriam Dark Crystal était mon arrière grand-mère. Je ne l'ai pas connu, mais on m'a beaucoup parlé d'elle. Née au Bahamas elle avait grandi à Bethléem, dans une ferme où elle menait une vie paisible. Elle préparait des sirops de mangue, d'aloé-vera et de délicieux couscous dans le grand vase de terre rouge, qu'elle faisait cuire sur un tas de bois qu'elle allumait elle-même.
De tout temps, elle était connue pour ses boléros et ses valses. Elle avait une devise, jour après jour, chaque chose en son temps. Mais tel le ressac elle était un fin stratège et rien ne lui échappait.
2. Mon arrière grand-mère vivait dans une maison située dans une grande prairie. Elle se levait tous les jours avec cette philosophie que le temps était de son côté. Elle avait dans ses souvenirs ces légendees qui se racontaient quand elle était petite fille, par exemple, la légende des Poignards Volants. D'ailleurs elle avait gardé de son père, le sabre légendaire avec lequel il avait combattu auprès de ses compatriotes pour libérer la patrie.
Elle aimait regarder le ciel, surtout la nuit car elle avait une attirance pour un astre en particulier, Jupiter, qui pour elle symbolisait la vie. Elle aimait bien les vêtements jaune, ou gris. Elle avait aussi beaucoup d'admiration pour une chatte, bien menue, qui la suivait dans tous les déplacements.
On disait de mon arrière grand-mère qu'elle était aussi dur que du chêne, en bien ancrée dans sa terre. Elle ne voyageait pas, elle ne connaissait que son patelin où il faisait bon vivre, surtout au moment des repas, confectionnés de riz et de viandes cuits au wok, en chantonnant des morceaux de chants régionaux. Depuis le décès de ses parents, elle est partie un matin, après avoir souri à la vie, habillée d'un pantalon gris et d'une chemis ejaune, telle une colombe.
3. Autrefois on ne vivait pas bien vieux et c'est la raison pour laquelle je n'ai pas connu mon arrière grand-mère. Pourtant elle avait du être chouette, car elle était de nature optimiste avec toujours cette devise : après la pluie vient le beau temps". Et elle avait bien raison d'y croire, car elle vivait dans une banlieue grise, dans un coron, avec les "Gens du Nord" comme dit la chanson. En hiver, elle avait toujours une cafetière remplie d'un liquide noir et brûlant pour ses amies avec lesquelles elle aimait jouer au bridge. Elles y jouaient dans sa cuisine, la seule pièce qui était chauffée par l'énorme poële à bois. Quand revenait le printemps, elle ressortait, un petit foulard sur la tête, pour prendre l'autobus et se rendre au bal du samedi soir. Là, sur la piste, elle enchaînait tango, valse et java telle Cendrillon au bras de son prince charmant. La semaine, elle s'occupait de son jardin, plantant choux et navets en terre, récoltant quelques fraises sous un climat résolument continental et humide. Cela ne la dérangeait pas, elle y était habituée depuis sa naissance, son père avait même vécu au temps de Zola et aurait pu écrire lui aussi Germinal. Il y était descendu, lui, au fond de la mine. Elle, insouciante, quand revenait l'été, chassait souvent avec le fusil de chasse de son père, les tourterelles et les faisans. C'est à la même époque qu'elle préparait pour les ouvriers agricoles de la ferme d'à coté, les fameuses moules frites.
Guisepa Almerto
Guisepa Almerto
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